[Droit de réponse] Poitiers et ses acteurs culturels, entre enjeux électoraux et politique régionale

[Droit de réponse] Poitiers et ses acteurs culturels, entre enjeux électoraux et politique régionale
[Droit de réponse] Poitiers et ses acteurs culturels, entre enjeux électoraux et politique régionale

La baisse de subvention au TAP et au Centre de Beaulieu, votée à l’unanimité lors d’une récente Commission Permanente de la Région Nouvelle-Aquitaine, fait réagir à Poitiers. Face aux interpellations qui suscitent l’incompréhension, et à la confusion entre la politique de la Nouvelle-Aquitaine et le programme de la liste Poitiers Collectif dans le cadre des élections municipales à Poitiers, il semble nécessaire d’éclairer le débat d’un autre point de vue.

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Il faut savoir qu’à chaque Commission permanente les élu-e-s votent des centaines délibérations, une délibération comprenant souvent le soutien à plusieurs structures, c’était le cas pour la délibération concernant le TAP : les aides à l’ensemble des lieux de diffusion culturels de la Région pour 2019 y étaient rassemblées. Le vrai lieu de décision intervient en amont.

Qui décide des financements alloués aux lieux de diffusion culturels, avant la Commission permanente ? C’est une commission d’arbitrage, composée d’élus uniquement issus du groupe PS et apparentés, membres de la commission Culture, ainsi que de personnels de l’administration et du cabinet. Cette commission s’est réunie en décembre 2019 ; étaient présents quatre élus, dont Anne Gérard. La baisse de subvention au TAP a donc été décidée conjointement par ces quatre élus.

Il et elles sont membres de la majorité socialiste, en charge des politiques sectorielles au sein de l’exécutif. A noter que la Présidente de la Commission Culture, membre de mon groupe écologiste et citoyen, est exclue de ce processus de décision.

Depuis cette réunion, les principaux concernés, les acteurs culturels, n’avaient semble t-il pas été informés.

La question n’est donc pas celle de ma responsabilité individuelle dans l’affaire de la baisse de subvention. Il s’agit d’une responsabilité de l’institution régionale, à laquelle a directement contribué une conseillère régionale, également élue de l’équipe sortante municipale de Poitiers et candidate à sa réélection. La manipulation électoraliste, via les nombreuses interpellations à mon encontre, manque singulièrement d’élégance et d’honnêteté.

Le groupe écologiste s’est exprimé au Conseil régional pour la sanctuarisation des aides au secteur culturel pour 2020, mais n’a pas été entendu. Le choix de notre groupe a été de voter pour la délibération, car voter contre, c’était voter contre le soutien à l’ensemble des lieux de diffusion culturels de la Région.

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Je déplore l’instrumentalisation d’acteurs culturels majeurs de la ville de Poitiers, à des fins de politique locale. Ce n’est pas dans leur intérêt, ni du point de vue de leurs relations avec l’institution régionale, ni du point de vue de leurs relations avec une potentielle future municipalité.

Je regrette le contexte malheureux dans lequel intervient cette décision de l’institution régionale. La crise fragilise de nombreux acteurs culturels et les plonge dans l’incertitude, ce qui aurait nécessité pour le moins une suspension des baisses envisagées en amont.

Je reconnais également aujourd’hui le manque de concertation, tout du moins de transparence et d’anticipation, entre la Région et les acteurs concernés, et je le déplore. L’institution régionale a encore des progrès à faire en matière de relations partenariales, l’exemple est éloquent.

Le manque de loyauté envers une institution ou envers un groupe n’est pas mon style. J’assume le vote de mon groupe.

Je me permets néanmoins une parenthèse : cette situation témoigne aussi des difficultés liées au cumul des mandats. Un élu régional ne défend pas sa ville, mais l’intérêt de sa Région dans son ensemble ; un élu municipal défend l’intérêt de sa ville auprès des partenaires. Ici, le conflit d’intérêt est évident. C’est pour cela que je me suis engagée, une fois élue Maire de Poitiers, à choisir entre mes deux mandats, et à démissionner de mon mandat régional, afin de défendre, uniquement et au mieux, l’intérêt de la ville auprès de ses partenaires.

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Je souhaite enfin rassurer, et répondre aux inquiétudes, légitimes, qui concernent le soutien de la Région Nouvelle Aquitaine aux projets culturels des acteurs de Poitiers.

Malgré les baisses, la Région reste la première collectivité partenaire du Pôle d’excellence musicale TAP & Orchestres, et ce depuis la création du TAP en 2012. Au total, en 2020, 2 530 000,00 € ont été alloués.

Autre exemple : 7 festivals sont organisés chaque année pour 205.000€, dont les Expressifs, le Poitiers Film Festival (organisé par le TAP, maintenue, ou bien Filmer le Travail, sans oublier le festival de Danse « A Corps » en lien avec l’Université de Poitiers).

Au total, 4,6 millions d’euros sont annuellement versés par la Région aux différents acteurs culturels de la ville.

Certains acteurs voient leur subvention diminuer, comme Beaulieu, au vu d’un programme d’actions modifié, mais d’autres sont aussi soutenus pour la première fois pour leur politique culturelle cette année, comme La Blaiserie. La vision d’ensemble compte, à l’échelle municipale comme à l’échelle régionale.

Ainsi, la Région justifie la baisse de subvention par la nécessité d’un rééquilibrage régional entre toutes les structures notamment du spectacle vivant, à l’échelle régionale. Cet équilibre est un point de vigilance permanent de la part de mon groupe, depuis le début du mandat, notamment face à l’émergence de la MECA à Bordeaux.

Et je crois que, outre la violence de l’annonce de cette décision, elle ne remet pas en question le fonctionnement structurel des structures concernées. Si cela devait être le cas, dans les mois à venir, le TAP comme Beaulieu peuvent désormais être assurés de ma vigilance à leur égard auprès de la Région, sous quelque casquette que ce soit.

L’art et la culture ne sont pas qu’une histoire de chiffres, bien sûr, et je déplore que ce débat occulte les enjeux de fond d’une politique culturelle.

Et la Région sait aussi faire confiance aux projets du territoire de Poitiers, et les élus de la ville savent, lorsqu’ils le souhaitent, trouver une oreille confiante auprès de la Région. J’en veux pour exemple le soutien de 250 000 euros à la Biennale Traversée, en 2019, à titre dérogatoire par rapport aux règlements d’intervention régionaux.

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Plutôt que la confrontation improductive, je considèrerai toujours que la coopération et la concertation sont les meilleurs approches pour soutenir les structures culturelles : la coopération entre Poitiers et la Région, la coopération entre les collectivités (Région, Mairie, Intercommunalité) et les acteurs qui sont les premiers concernés. Une politique publique implique parfois des décisions difficiles, elles peuvent être assumées, expliquées, et transparentes.

Léonore Moncond’huy

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